sujets bac 2008

Posté par Valériemarchand le 1 septembre 2008

Sujets du bac 2008 – Série L

 

1er sujet:

La perception peut-elle s’éduquer?

2ème sujet:

Une connaissance scientifique du vivant est-elle possible?

3ème sujet:

Expliquer le texte suivant:

 

Puisque la liberté exige que la réussite ne découle pas de la décision comme une conséquence, il faut que la réalisation puisse à chaque instant ne pas être, pour des raisons indépendantes du projet même et de sa précision ; ces raisons forment l’extériorité par rapport à tout projet et la liberté est la perpétuelle invention des moyens de tourner ces difficultés extérieures, mais il est bien entendu que la réussite doit être seulement possible, c’est-à-dire qu’il n’y a action que si les difficultés extérieures peuvent toujours être si élevées ou si neuves que l’invention humaine ne puisse pas les surmonter. Ainsi est-il toujours entendu à la fois que l’entreprise humaine a réussi à cause de la libre décision et de la libre inventivité qui a surmonté les obstacles et à la fois qu’elle a réussi parce que ce sont ces obstacles-là et non d’autres plus grands qui lui ont été imposés. Toute entreprise humaine réussit par hasard et en même temps réussit par l’initiative humaine. Si le tireur n’avait pas eu le soleil dans l’œil il m’atteignait, je manquais ma mission de reconnaissance. Il s’en est donc fallu d’un rayon de soleil, de la vitesse d’un nuage, etc. Mais, en même temps, mes précautions étaient prises pour éliminer tous les dangers prévisibles. En un mot les possibles se réalisent dans la probabilité. La liberté se meut dans la sphère du probable, entre la totale ignorance et la certitude ; et le probable vient au monde par l’homme.

Sartre, Cahiers pour une morale

 

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Sujets du bac 2008 – Série S

1er sujet:  L’art transforme-t-il notre conscience du réel?

2ème sujet:   Y a-t-il d’autres moyens que la démonstration pour établir une vérité?3ème sujet:

Expliquer le texte suivant:

Si la morale ne considère que l’action juste ou injuste, si tout son rôle est de tracer nettement, à quiconque a résolu de ne pas faire d’injustice, les bornes où se doit contenir son activité, il en est tout autrement de la théorie de l’État. La science de l’État, la science de la législation n’a en vue que la victime de l’injustice ; quant à l’auteur, elle n’en aurait cure, s’il n’était le corrélatif forcé de la victime ; l’acte injuste, pour elle; n’est que l’adversaire à l’encontre de qui elle déploie ses efforts ; c’est à ce titre qu’il devient son objectif. Si l’on pouvait concevoir une injustice commise qui n’eût pas pour corrélatif une injustice soufferte, l’État n’aurait logiquement pas à l’interdire. Aux yeux de la morale, l’objet à considérer, c’est la volonté, l’intention ; il n’y a pour elle que cela de réel ; selon elle, la volonté bien déterminée de commettre l’injustice, fût-elle arrêtée et mise à néant, si elle ne l’est que par une puissance extérieure, équivaut entièrement à (injustice consommée ; celui qui l’a conçue, la morale le condamne du haut de son tribunal comme un être injuste. Au contraire, l’État n’a nullement à se soucier de la volonté, ni le l’intention en elle-même ; il n’a affaire qu’au fait (soit accompli, soit tenté), et il le considère chez l’autre terme de la corrélation, chez la victime , pour lui donc il n’y a de réel que le fait, l’événement. Si parfois il s’enquiert de l’intention, du but, c’est uniquement pour expliquer la signification du fait. Aussi l’État ne nous interdit pas de nourrir contre un homme des projets incessants d’assassinat, d’empoisonnement, pourvu que la peur du glaive et de la roue nous retienne non moins incessamment et tout à fait sûrement de passer à l’exécution. L’État n’a pas non plus la folie prétention de détruire le penchant des gens à l’injustice, ni les pensées malfaisantes ; il se borne à placer, à côté de chaque tentation possible, propre à nous entraîner vers l’injustice, un motif plus fort encore, propre à nous en détourner ; et ce second motif, c’est un châtiment inévitable.

A. Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Sujets du bac 2008 – Séries technologiques

1er sujet:Peut-on aimer une oeuvre d’art sans la comprendre?

2ème sujet: Est-ce à la loi de décider de mon bonheur?

3ème sujet:

Lorsque, dans les matières qui se fondent sur l’expérience et le témoignage, nous bâtissons notre connaissance sur l’autorité d’autrui, nous ne nous rendons ainsi coupables d’aucun préjugé ; car, dans ce genre de choses, puisque nous ne pouvons faire nous-mêmes l’expérience de tout ni le comprendre par notre propre intelligence, il faut bien que l’autorité de la personne soit le fondement de nos jugements. – Mais lorsque nous faisons de l’autorité d’autrui le fondement de notre assentiment* à l’égard de connaissances rationnelles, alors nous admettons ces connaissances comme simple préjugé. Car c’est de façon anonyme que valent les vérités rationnelles ; il ne s’agit pas alors de demander: qui a dit cela? mais bien qu’a-t-il dit? Peu importe si une connaissance a une noble origine ; le penchant à suivre l’autorité des grands hommes n’en est pas moins très répandu tant à cause de la faiblesse des lumières personnelles que par désir d’imiter ce qui nous est présenté comme grand.

Kant

 * donner son assentiment: approuver et tenir pour vrai.

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

1.

a) Le texte est construit à partir d’une distinction. A quelle thèse conduit-elle?
b) Analysez les étapes de l’argumentation.

2. Expliquez

a) «nous ne nous rendons ainsi coupables d’aucun préjugé» et «alors nous admettons
ces connaissances comme simple préjugé».

b) «c’est de façon anonyme que valent les vérités rationnelles»

3. Quand on cherche la vérité, faut-il rejeter l’autorité d’autrui ?

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textes sur la culture

Posté par Valériemarchand le 1 septembre 2008

 

Textes sur la culture

« Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’Homme et la nature. L’Homme y joue lui-même le rôle d’une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement, afin de s’assimiler les matières en leur donnant une forme utile à la vie. (…) Notre point de départ, c’est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l’Homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l’abeille confond par la structure de ses cellules de cire l’habileté du meilleur architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. »

Karl Marx Le Capital (livre I, chapitre III),

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« Nos sensations les plus intimes, les plus insaisissables, les limites de nos perceptions, nos gestes les plus élémentaires, la forme même de notre corps et bien d’autres traits relèvent d’un environnement social et culturel particulier. Les modalités d’expression corporelles de l’enfant pris en charge par l’animal disent avec éloquence combien nous sommes modelés par notre milieu d’insertion en dépit de notre sentiment d’autonomie et de spontanéité. »

David Le Breton, Anthropologie des émotions, éd. Payot, pp. 19-20.

« Les enfants sauvages nous enseignent à leur manière qu’à l’intérieur d’une société, les dispositions corporelles sont loin de toutes s’actualiser. Chaque individu, héritier d’une histoire personnelle située dans un temps et un lieu donnés, ne réalise de son expérience personnelle qu’une infime parcelle de l’étendue des possibles. Ces enfants de confins illustrent également la part fondatrice du milieu et de l’éducation dans ce domaine de la vie organique qui paraît le plus échapper aux influences extérieures : les perceptions sensorielles, le domaine des sentiments et des émotions par exemple. »

David Le Breton, Anthropologie des émotions, éd. Payot, p. 32.

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« Mais, quand les difficultés qui environnent toutes ces questions  laisseraient quelque lieu de disputer sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation c’est la faculté de se perfectionner; faculté qui, à l’aide des circonstances développe successivement toutes les autres, et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu, au lieu qu’un animal est, au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce, au bout de mille ans, ce qu’elle était la première année de ces mille ans. Pourquoi l’homme seul est-il sujet à devenir imbécile ?

N’est-ce point qu’il retourne ainsi dans son état primitif, et que, tandis que la bête, qui n’a rien acquis et qui n’a rien non plus à perdre, reste toujours avec son instinct, l’homme, reperdant par la vieillesse ou d’autres accidents, tout ce que sa perfectibilité lui avait fait acquérir, retombe ainsi plus bas que la bête même ? Il serait triste pour nous d’être forcés de convenir que cette faculté distinctive, et presque illimitée, est la source de tous les malheurs de l’homme ; que c’est elle qui le tire, à force de temps, de cette condition originaire dans laquelle il coulerait des jours tranquilles et innocents ; que c’est elle, qui faisant éclore avec les siècles ses lumières et ses erreurs, ses vices et ses vertus, le rend à la longue le tyran de lui-même, et de la nature.

ROUSSEAU
Discours sur l’origine et les fondements
de l’Inégalité parmi les Hommes
, Première Partie

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L’usage qu’un homme fera de son corps est transcendant à l’égard de ce corps comme être simplement biologique. Il n’est pas plus naturel ou pas moins conventionnel de crier dans la colère ou d’embrasser dans l’amour que d’appeler table une table. Les sentiments et les conduites passionnelles sont inventés comme les mots. Même ceux qui, comme la paternité, paraissent inscrits dans le corps humain sont en réalité des institutions . Il est impossible de superposer chez l’homme une première couche de comportements que l’on appellerait « naturels » et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme on voudra dire, en ce sens qu’il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doivent quelque chose à l’être simplement biologique — et qui en même temps ne se dérobe à la simplicité de la vie animale, ne détourne de leur sens les conduites vitales, par une sorte d’échappement et par un génie de l’équivoque qui pourraient servir à définir l’homme. Déjà, la simple présence d’un être vivant transforme le monde physique, fait apparaître ici des « nourritures », ailleurs une « cachette », donne aux « stimuli » un sens qu’ils n’avaient pas.

Maurice Merleau-Ponty

 Phénoménologie de la Perception, I, 6, éd. Gallimard, coll « tel », pp. 220-221


    « La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchis depuis longtemps d’une direction étrangère, restent cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit si facile à d’autres de se poser en tuteurs des premiers. Il est aisé d’être mineur ! Si j’ai un livre, qui me tient lieu d’entendement, un directeur, qui me tient lieu de conscience, un médecin, qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de penser, pourvu que je puisse payer; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. Que la grande majorité des hommes (…) tiennent aussi pour très dangereux ce pas en .avant vers leur majorité, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui, très aimablement, ont pris sur eux d’exercer une haute fonction sur l’humanité. Après avoir rendu bien sot leur bétail, et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas hors du parc où ils les ont enfermés, ils leur montrent le danger qui les menace, si elles essaient de s’aventurer seules au-dehors. Or ce danger n’est pas vraiment si grand; car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte détourne ordinairement d’en refaire l’essai. Il est donc difficile pour chaque individu séparément de sortir de la minorité, qui est presque devenue pour lui nature ».

KANT, Qu’est-ce que les Lumières?

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« L’Homme est la seule créature qui soit susceptible d’éducation. Par éducation l’on entend les soins (le traitement, l’entretien) que réclame son enfance, la discipline qui le fait homme, enfin l’instruction avec la culture. Sous ce triple rapport, il est nourrisson, élève, et écolier.

    Aussitôt que les animaux commencent à sentir leurs forces, ils les emploient régulièrement, c’est-à-dire d’une manière qui ne leur soit point nuisible à eux-mêmes. Il est curieux en effet de voir comment, par exemple, les jeunes hirondelles, à peine sorties de leur œuf et encore aveugles, savent s’arranger de manière à faire tomber leurs excréments hors de leur nid. Les animaux n’ont donc pas besoin d’être soignés, enveloppés, réchauffés et conduits, ou protégés. La plupart demandent, il est vrai, de la pâture, mais non des soins. Par soins, il faut entendre les précautions que prennent les parents pour empêcher leurs enfants de faire de leurs forces un usage nuisible. Si, par exemple, un animal, en venant au monde, criait comme le font les enfants, il deviendrait infailliblement la proie des loups et des autres bêtes sauvages qui seraient attirées par ses cris.

    La discipline nous fait passer de l’état animal à celui d’homme. Un animal est par son instinct même tout ce qu’il peut être ; une raison étrangère a pris d’avance pour lui tous les soins indispensables. Mais l’homme a besoin de sa propre raison. Il n’a pas d’instinct, et il faut qu’il se fasse à lui-même son plan de conduite. Mais, comme il n’en est pas immédiatement capable, et qu’il arrive dans le monde à l’état sauvage, il a besoin du secours des autres.»

KANT, Traité de pédagogie, Hachette, trad. J. Barni, p. 35.

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L’attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu’elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. « Habitudes de sauvages », « cela n’est pas de chez nous », « on ne devrait pas permettre cela », etc.., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères. Ainsi l’Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas de la culture grecque (puis gréco-romaine) sous le même nom de barbare; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même sens. Or, derrière ces épithètes se dissimule un même jugement: il est probable que le mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l’inarticulation du chant des oiseaux, opposées à la valeur signifiante du langage humain; et sauvage, qui veut dire «de la forêt », évoque aussi un genre de vie animal par opposition à la culture humaine. […]
Cette attitude de pensée, au nom de laquelle on rejette les «sauvages» (ou tous ceux qu’on choisit de considérer comme tels) hors de l’humanité, est justement l’attitude la plus marquante et la plus instinctive de ces sauvages mêmes. […]
L’humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, parfois même du village; à tel point qu’un grand nombre de populations dites primitives se désignent elles-mêmes d’un nom qui signifie les «hommes » (ou parfois – dirons-nous avec plus de discrétion? – les « bons », les « excellents » , les « complets »), impliquant ainsi que les autres tribus, groupes ou villages ne participent pas des vertus ou même de la nature humaine, mais qu’ils sont tout au plus composés de «mauvais», de « méchants », de « singes de terre » ou « d’oeufs de pou ». On va souvent jusqu’à priver l’étranger de ce dernier degré de réalité en en faisant un « fantôme » ou une « apparition». Ainsi se réalisent de curieuses situations où deux interlocuteurs se donnent cruellement la réplique. Dans les Grandes Antilles, quelques années après la découverte de l’Amérique, pendant que les Espagnols envoyaient des commissions d’enquête pour rechercher si les indigènes avaient ou non une âme, ces derniers s’employaient à immerger des Blancs prisonniers, afin de vérifier, par une surveillance prolongée, si leur cadavre était ou non sujet à la putréfaction. […]
En refusant l’humanité à ceux qui apparaissent comme les plus « sauvages » ou « barbares » de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie”.
Claude Lévi-Strauss,
Race et histoire, Éd. Denoël-Gonthier, coll. Médiations, 1968, pp. 19-22.

 

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la méthode de la dissertation

Posté par Valériemarchand le 31 août 2008

 

La méthode de la dissertation

La dissertation relève d’un savoir-faire c’est à dire d’une technique. Il est impossible, dans ces conditions, de donner des principes qui vous permettront à coup sûr de réussir .  On apprend à faire des dissertations… en en faisant. C’est la raison pour laquelle nous allons ensemble examiner un sujet .

L’analyse du sujet :

Soit donc le sujet : la tolérance est-elle une vertu? Certains ont sans doute déjà envie de répondre par oui ou par non…Mais comment répondre  à une question sans savoir précisément ce qui nous est demandé ?  Avant de répondre à une question, il faut l’interroger car elle n’est jamais simple. Ainsi, pour notre sujet : qu’est-ce que signifie tolérer ? N’y a-t-il pas plusieurs sens à cette expression ? Qu’estce qu’une vertu? . C’est pour cela qu’il faut respecter scrupuleusement les étapes suivantes :

  • Repérer d’abord, en les soulignant, les mots et expressions clef et entourer les mots qui donnent sens à la question.
  • Définir très précisément les mots et expressions soulignés.

Quels sont les sens de la tolérance ?

En un sens positif, la tolérance est une disposition bienveillante, qui admet chez autrui des manières de penser et d’agir différentes des miennes et qui est à l’origine de l’échange culturel, de la reconnaissance d’un droit à la différence.

Mais tolérer, peut signifier aussi admettre à la rigueur quelque chose que j’accepterai sans plaisir, qui n’entrera pas dans mes pratiques ni dans ma vie

Tolérer, ce n’est donc pas s’intéresser à l’autre, ce n’est pas vraiment chercher à le comprendre: je tolère ta présence ne signifie pas que je te respecte.

On peut tolérer par faiblesse, par lâcheté., par laxisme , avec condescendance ….

La vertu : cette notion connote celle de force et de force et de qualité morale. Pour les Grecs l’homme vertueux, c’est celui qui accomplit son humanité

  • A ce moment de l’analyse, on peut rechercher la réponse spontanée à la question posée. Quelle est la réponse la plus évidente que je peux donner à cette question que je commence  à saisir un peu mieux ? Il semble évident que la réponse est affirmative. Comment la tolérance ne serait-elle pas une vertu? Mais justement, les réponses spontanées sont rarement les bonnes et c’est du reste pour cela qu’il importe de les repérer.
  • Repérer les présupposés éventuels de la question. Ils sont importants pour éviter le hors sujet mais n’existent pas toujours. Ici, on présuppose que la tolérance est une vertu, mais qu’elle peut peut-être ne pas l’être, parce qu’il serait possible de ne pas être vertueusement tolérant.
  • Repérer les notions du programme concernées. Ici le sujet concerne la question de la morale, de la culture et d’autrui. Difficile de faire cela en début d’année, mais cela va changer!!.
  • Enfin, reformuler la question, de préférence et quand cela est possible sous la forme d’une alternative (ou bien …ou bien) qui met bien en évidence les deux thèses fondamentales et opposées auxquelles ouvre la question. Ici, les deux thèses sont les suivantes :
    • Ou la tolérance est bel et bien toujours une vertu
    • Ou, au contraire, elle peut parfois être un vice quand on tolère tout et n’importe quoi n’importe comment, quand on tolère sans respecter, quand on tolère par lâcheté, faiblesse ou indifférence..

    On pourra donc reformuler la question de la façon suivante : S’il apparaît à première vue que la tolérance est une qualité qu’il faut cultiver et développer, la tolérance est-elle toujours une vertu ou bien n’est-elle pas au contraire sous certains aspects un vice? Cette question en appelle d’autres ? A quelles conditions la tolérance est-t-elle vertueuse? Et lorsque la tolérance apparaît comme  une vertu, ne faudrait-il pas , en toute rigueur lui donner le nom de respect?

  • Attention: reformuler ne signifie pas qu’on substitue une autre question à celle qui est proposée, mais qu’on l’explicite de manière à mettre en évidence un problème.

Cette analyse de la question, maintenant terminée, nous a pris du temps et nous n’avons pas encore traité le moins du monde le sujet.

Mais grâce à cette analyse, nous avons dégagé le problème posé par le sujet , et avons montré qu’il y a pertinence à poser la question car il ne va pas de soi que la tolérance soit toujours une vertu.

Rechercher les idées et faire un plan

La recherche des idées se fait au brouillon :  notez soigneusement au brouillon toutes les idées que le sujet vous évoque. Pensez également aux références que vous pourrez utiliser, car si la philosophie consiste à penser par soi-même, les correcteurs apprécieront vos éventuelles connaissances philosophiques . Les cours dispensés l’année sont faits pour!!!
Une fois vos idées trouvées, il faudra les mettre en ordre et constituer un plan. À vous de voir ce qu’il est logique d’aborder en premier. Rappelez-vous que la thèse que l’on défend est toujours la dernière abordée dans le devoir et qu’il faut d’abord commencer par celle que l’on va réfuter, que les parties doivent être équilibrées c’est à dire être d’à peu près même longueur.

La dissertation idéale suit un plan en trois parties , mais il est acceptable de n’en faire que deux si et seulement si certaines conditions sont respectées.

Ne pas faire de partie du tout, cela signifierait que votre dissertation n’a pas de plan et n’est donc pas une dissertation.

Le plan minimal

consiste dans l’examen de deux thèses opposées.

On ne peut pas se contenter d’exposer une thèse sans envisager les arguments adverses, sans envisager qu’elle soit fausse, sans la mettre en doute. Mais le danger d’un plan en deux parties, c’est de procéder par simple juxtaposition de deux opinions. Alors, le devoir est la succession de deux opinions contraires et incompatibles. Un tel développement ne permettra pas de parvenir à une conclusion satisfaisante. Schématiquement, la juxtaposition de deux thèses donne ceci : 1) oui ; 2) non ; conclusion : plusieurs options : a) la conclusion contradictoire, impossible, absurde, du type oui et non, la thèse est vraie mais elle est fausse ; b) la conclusion de type normand.
Pour éviter une telle situation, deux solutions. Soit on tranche en faveur de l’une des thèses. On exposera alors celle que l’on a l’intention de retenir en dernier. On conclut sur la dernière partie. Il faut, pour que l’on soit autorisé à trancher, que les arguments en faveur de la seconde thèse, soient plus convaincants que les premiers, que les premiers aient été réfutés. Soit on distingue deux niveaux d’analyse dans le sujet. Les deux parties ne sont pas alors simplement le contraire l’une de l’autre, mais on répond à deux niveaux différents. La conclusion sera du type : en un sens oui, mais en un second sens, non. Ce qu’il faut éviter, comme une faute majeure, c’est la contradiction. Il faut examiner l’antithèse, mais ne pas se contredire. Si l’on dit une chose, puis son contraire dans une seconde partie, on se contredit. Il faut soit montrer que, après examen, le contraire a plus de chances d’être vrai, et pourquoi; soit développer deux thèses opposées qui ne soient cependant pas incompatibles, c’est-à-dire qui puissent être vraies en même temps. Exemples:

soit le sujet : La passion est-elle une excuse?
1° Oui, elle en est une: elle est plus forte que moi, le passionné donc n’est pas responsable de ses actes. 2° Non, elle n’en est pas une, car l’homme est libre donc responsable. Conclusion : la passion est une excuse, mais elle n’en est pas une. Comprenne qui pourra…

en revanche, on pourrait faire le plan suivant
: 1° Oui, elle semble en être une, car elle est plus forte que moi. 2° En réalité, elle n’est plutôt qu’une circonstance atténuante. J’ai le pouvoir, grâce à ma volonté, de lui résister. Donc elle m’influence sans me déterminer. 

Concernant notre sujet, il faut éviter de dire en 1 que  la tolérance est une vertu, puis en  2 que la tolérance est tout sauf une vertu. Car on débouche sur une contradiction en conclusion : la tolérance est une vertu mais elle n’en est pas une!!!

Mais le plan suivant serait acceptable

1 Loin d’être une vertu, la tolérance se présente parfois comme un vice

2 A quelles conditions la tolérance est-elle une vertu?

Dans la conclusion, vous préciserez que la tolérance n’est une vertu que lorsqu’elle usurpe le nom de respect.

 La construction dialectique, c’est-à-dire 3 parties

devra être préférée chaque fois que c’est possible. Montrer qu’à un premier niveau d’analyse, une contradiction apparaît. On dépasse l’opposition dans une troisième partie, en approfondissant l’analyse du sujet, en montrant qu’une analyse insuffisante a fait surgir un faux problème. Les deux premières parties ont pour but de poser un problème, sous forme d’une opposition. La troisième est la solution. Elle ne doit pas être une conclusion normande développée, où l’on explique que la vérité se trouve probablement dans un juste milieu. Elle n’est pas une reprise des deux premières, mais l’expression d’une thèse nouvelle.
Ex. 1 : La passion est-elle une excuse?
1° La passion, plus forte que moi, m’entraîne à des actes dont je ne suis pas responsable. 2° Affirmation de la liberté humaine. Je suis capable, par ma volonté, de résister à la passion. 3° Il faut résoudre cette contradiction entre deux points de vue antinomiques. La passion ne me détermine pas, cependant la difficulté de lui résister indique qu’elle m’influence. Conclusion : la passion m’influence sans me déterminer. Elle n’est pas une excuse, mais une circonstance atténuante.

Une autre solution pour inventer la troisième partie, c’est de mettre en question le présupposé.
Exemple: Faut-il préférer le bonheur à la vérité?
1) Arguments en faveur du choix du bonheur; 2) arguments des partisans de la vérité; 3)après tout, faut-il vraiment choisir? Ne peut-on pas avoir les deux?

Pour notre sujet

1 la tolérance est parfois plus la marque d’une faiblesse d’esprit et d’âme que celle d’une force morale : analyse des causes, dans les faits de la tolérance

2 A quelles conditions peut-on alors être vertueusement tolérant: quelles sont les raisons qui font que nous devons être tolérants et qui font de l’esprit de tolérance une vertu?

3 Mais en faisant de la tolérance , à certaines conditions, une vertu, ne la confond-on pas avec le respect? 

Rédiger sa dissertation

Comme chacun sait, une dissertation comporte une introduction, un développement, une conclusion.
1) L’introduction
Parce qu’elle se situe au début et provoque la première impression qu’on aura sur la copie, il importe de la rédiger avec soin et donc de faire un brouillon. Sa fonction est double. Elle doit montrer que la question posée est un vrai problème, c’est à dire qu’on ne peut y répondre d’emblée. Elle doit aussi indiquer comment vous allez aborder l’étude de ce problème et c’est pourquoi on ne la rédigera qu’après avoir élaboré le plan.
Une bonne introduction comporte cinq points :

  • Partir d’une considération générale mais en évitant les phrases passe-partout du genre « le plus grand problème que l’humanité s’est posé jusqu’à nos jours » ou « De tous temps les hommes… ». Il faut partir de la notion principale concernée par le sujet.
  • Amener le sujet par une phrase. Il faut faire en sorte qu’une contradiction surgisse.
  • Poser le problème sous forme questions en utilisant la reformulation qui a été trouvée lors de l’analyse du sujet . Ces questions annoncent votre plan : bien utiliser les connecteurs pour faire comprendre que vous annoncez la thése, puis l’antithèse, puis l’approfondissement.
  • Enfin annoncer votre plan, de préférence sous la forme interrogative. Le plan doit découler logiquement de la formulation du problème .

2) Le développement.
Il sera directement rédigé sur la copie pour ne pas perdre de temps (seul le plan est noté au brouillon). Chaque partie doit comporter une petite introduction d’une ou deux phrases où l’on annonce ce qu’on va démontrer ou ce dont on va débattre .
On veillera aussi aux transitions qui se situent soit à la fin de la partie qui s’achève, soit au début de la partie qui commence . Vous y prêterez la plus grande attention car c’est un point délicat et il n’est pas facile de faire de bonnes transitions. La transition doit indiquer au lecteur comment on passe d’une idée à l’autre et quel est le lien logique entre vos deux idées (conséquence, opposition, nuance etc.). Elle met en lumière l’ordre de vos idées.

C’est de la qualité du lien entre les parties que dépend la cohérence du devoir. La transition est la charnière logique qui assure le lien entre les parties. Il faut la soigner.  Elle remplit un double rôle. Elle sert à faire le bilan sur ce qui précède, à faire le point – où en sommes-nous? Elle est donc une conclusion provisoire ou partielle. Elle sert aussi à introduire ce qui suit. Elle comportera donc obligatoirement ces deux moments: rappel de la question et bilan de l’argumentation ; relancer la discussion, par exemple grâce à des formules interrogatives. Elle pose et résout la question: qu’est-ce que j’ai démontré? Est-ce satisfaisant? La première partie n’est précédée par aucune autre, il faut cependant l’introduire brièvement, de façon à annoncer l’idée générale qui va être développée. On doit savoir quelle est votre intention.
A l’intérieur de vos paragraphes, quelques règles doivent être respectées :

  • Ne jamais avancer une idée sans la démontrer, sans argumenter. La dissertation est avant tout un exercice de démonstration.
  • L’utilisation des exemples est recommandée (car l’exemple éclaire votre pensée) mais l’exemple n’est jamais une preuve. Ce n’est pas parce que ce que vous dites est vrai dans un cas qu’il est vrai dans tous les cas. Inutile par conséquent de multiplier les exemples, un seul par idée suffit !
  • Les citations ne sont pas des preuves. Il n’y a pas de principe d’autorité en philosophie. Les citations doivent être courtes, non banales (évitez les proverbes) et le nom de l’auteur doit toujours être précisé. Une citation doit toujours être expliquée : vous devez montrer que vous l’avez comprise.
  • Les références doivent être précises. Qu’elles soient artistiques, littéraires, cinématographiques etc., il importe d’éviter le vague. Si vous parlez d’un roman, par exemple, indiquez le titre et l’auteur.
  • Utilisez toutes vos connaissances, philosophiques ou non philosophiques.
  • Si vous utilisez les auteurs, ne les juxtaposez pas de façon arbitraire. La philosophie n’est pas un catalogue de doctrines. Vous ne pourrez aborder un second auteur qu’après avoir montré les limites de la thèse du premier. Les auteurs sont avant tout là pour illustrer « votre » pensée: le catalogue d’auteurs ou de doctrines est à proscrire! 
  • N’oubliez pas  que le style de la dissertation philosophique est celui de la démonstration, ce qui exclut le lyrisme et les considérations affectives et moralisantes. Evitez, en particulier, de dire « je pense que », ou, pire encore « je crois que ».
  •  Soignez l’écriture et la présentation. Aérez votre copie, relisez-vous ! Corrigez les fautes d’orthographe!

3) La conclusion.
Comme l’introduction, elle sera particulièrement soignée
Elle doit être concise et ne constitue nullement une partie supplémentaire de votre devoir. Il n’est pas question d’y développer une idée concernant le sujet et n’ayant pas trouvé sa place dans le développement. Il ne faut pas non plus répéter en détail tout ce qu’on a déjà dit. Une conclusion comporte deux éléments :

  • Faire un bilan des acquis et répondre à la question posée en introduction.
  • Ne pas chercher à tout prix à faire une ouverture! Vous risqueriez de poser précisément la question qu’il vous aurait fallu traiter, ce qui ne fera qu’agacer encore plus le correcteur……

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Publié dans la dissertation, méthodes | Commentaires fermés

textes sur AUTRUI

Posté par Valériemarchand le 11 janvier 2008

I L’expérience d’autrui : Comment autrui est-il appréhendé comme autrui?

Et je m’étais ici particulièrement arrêté à faire voir que s’il y avoit de telles machines qui eussent les organes et la figure extérieure d’un singe ou de quelque autre animal sans raison, nous n’aurions aucun moyen pour reconnaître qu’elles ne seraient pas en tout de même nature que ces animaux; au lieu que s’il y en avoit qui eussent 1a ressemblance de nos corps, et imitassent autant nos actions que moralement il seroit possible, nous aurions toujours deux moyens très certains pour reconnoître qu’elles ne seroient point pour cela de vrais hommes : dont le premier est que jamais elles ne pourroient user de paroles ni d’autres signes en les composant, comme nous faisons pour déclarer aux autres nos pensées : car on peut bien concevoir qu’une machine soit tellement faite qu’elle profère des paroles, et même qu’elle en profère quelques unes à propos des actions corporelles qui causeront quelque changement en ses organes, comme, si on la touche en quelque endroit, qu’elle demande ce qu’on lui veut dire; si en un autre, qu’elle crie qu’on lui fait mal, et choses semblables; mais non pas qu’elle les arrange diversement pour répondre au sens de tout ce qui se dira en sa présence, ainsi que les hommes les plus hébétés peuvent faire. Et le second est que, bien qu’elles fissent plusieurs choses aussi bien ou peut-être mieux qu’aucun de nous, elles manqueroient infailliblement en quelques autres, par lesquelles on découvriroit qu’elles n’agiroient pas par connoissance, mais seulement par la disposition de leurs organes : car, au lieu que la raison est un instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres, ces organes ont besoin de quelque particulière disposition pour chaque action particulière; d’où vient qu’il est moralement impossible qu’il y en ait assez de divers en une machine pour la faire agir en toutes les occurrences de la vie de même façon que notre raison nous fait agir. DESCARTES, Discours de la méthode, Vème partie

 

Si je me demande comment des corps étrangers comme tels, c’est-à-dire des animaux et d’autres hommes en tant que tels, sont donnés dans mon expérience et comment ils peuvent l’être dans le cadre universel de ma perception du monde, alors la réponse est celle-ci : mon corps propre joue dans ce cadre [...] le rôle du corps primordial dont dérive l’expérience de tous les autres corps ; et ainsi je ne cesse d’être pour moi et mon expérience l’homme primordial dont l’expérience de tous les autres hommes dérive son sens et sa possibilité perceptive [...]. La perception d’un corps organique étranger est perception pour autant que je saisisse précisément l’existence de ce corps comme étant immédiatement là « en personne ». Et de la même façon l’autre homme en tant qu’homme est là pour moi dans la perception. J’exprime en effet sa présence perceptive immédiate en l’accentuant au maximum en disant justement : ici devant moi se trouve donné en chair et en os un homme. Ce n’est pas une déduction, quelque pensée médiate qui conduit à la position de la corporéité étrangère et de mon semblable [...]. Dans le cas de ce dernier [mon corps propre], nous l’avons vu, le corps organique en tant qu’il est un être physique est perçu de manière originaire mais aussi l’être psychique qui s’y incarne, et tel qu’il s’incarne. Ce psychisme n’est-il pas le mien propre ? Par contre, le corps psychophysique étranger est sans doute perçu dans mon environnement spatial et de façon tout aussi originaire que le mien ; mais il n’en va pas réellement et proprement donné lui-même mais simplement visé conjointement avec lui par apprésentation.

Husserl

Imaginons que j’en sois venu, par jalousie, par intérêt, à coller mon oreille contre une porte, à regarder par le trou d’une serrure. Je suis seul [...] Cela signifie d’abord qu’il n’y a pas de moi pour habiter ma conscience. Rien donc, à quoi je puisse rapporter mes actes pour les qualifier. Ils ne sont nullement connus, mais je les suis et, de ce seul fait, ils portent en eux-mêmes leur totale justification. Je suis pure conscience des choses [...]. Cela signifie que, derrière cette porte, un spectacle se propose comme « à voir », une conversation comme « à entendre ». La porte, la serrure sont à la fois des instruments et des obstacles : ils se présentent comme « à manier avec précaution » ; la serrure se donne comme « à regarder de près et un peu de côté », etc. Dès lors « je fais ce que j’ai à faire » ; aucune vue transcendante ne vient conférer à mes actions un caractère de donné sur quoi puisse s’exercer un jugement : ma conscience colle à mes actes, elle est mes actes ; ils sont seulement commandés par les fins à atteindre et par les instruments à employer. Mon attitude, par exemple, n’a aucun « dehors », elle est pure mise en rapport de l’instrument (trou de la serrure) avec la fin à atteindre (spectacle à voir), pure manière de me perdre dans le monde, de me faire boire par les choses comme l’encre par un buvard [...]. Or voici que j’ai entendu des pas dans le corridor : on me regarde. Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est que je suis soudain atteint dans mon être et que des modifications essentielles apparaissent dans mes structures [...]. D’abord, voici que j’existe en tant que moi pour ma conscience irréfléchie. C’est même cette irruption du moi qu’on a le plus souvent décrite : je me vois parce qu’on me voit, a-t-on pu écrire [...] ; pour l’autre je suis penché sur le trou de la serrure, comme cet arbre est incliné par le vent. [...] S’il y a un Autre, quel qu’il soit, où qu’il soit, quels que soient ses rapports avec moi, sans même qu’il agisse autrement sur moi que par le pur surgissement de son être, j’ai un dehors, j’ai une nature ; ma chute originelle c’est l’existence de l’autre.

Jean-Paul SARTRE, l’Etre et le Néant

« Un bébé de quinze mois ouvre la bouche si je prends, par jeu l’un de ses doigts entre mes dents et que je fasse mine de le mordre. Et pourtant, il n’a guère regardé son visage dans une glace, ses dents ne ressemblent pas aux miennes. C’est que sa propre bouche et ses dents, telles qu’il les sent de l’intérieur, sont d’emblée pour lui des appareils à mordre, et que ma mâchoire, telle qu’il la voit du dehors, est d’emblée pour lui capable des mêmes intentions. La « morsure » a immédiatement pour lui une signification intersubjective. Il perçoit ses intentions dans son corps, mon corps avec le sien, et par là mes intentions dans son corps.

[...] En tant que j’ai des fonctions sensorielles, un champ visuel, auditif, tactile, je communique déjà avec les autres, pris aussi comme sujets psychophysiques. Mon regard tombe sur un corps vivant en train d’agir, aussitôt les objets qui l’entourent reçoivent une nouvelle couche de signification : ils ne sont plus seulement ce que je pourrais en faire moi-même, ils sont ce que ce comportement va en faire. Autour du corps perçu se creuse un tourbillon où mon monde est attiré et comme aspiré : dans cette mesure, il n’est plus seulement mien, il ne m’est plus seulement présent, il est présent à X, à cette autre conduite qui commence à se dessiner en lui. Déjà l’autre corps n’est plus un simple fragment du monde, mais le lieu d’une certaine élaboration et comme d’une certaine « vue » du monde. Il se fait là-bas un certain traitement des choses jusque-là miennes. Quelqu’un se sert de mes objets familiers. Mais qui ? Je dis que c’est un autre, un second moi-même et je le sais d’abord parce que ce corps vivant a même structure que le mien. J’éprouve mon corps comme puissance de certaines conduites et d’un certain monde, je ne suis donné à moi-même que comme une certaine prise sur le monde; or c’est justement mon corps qui perçoit le corps d’autrui et il y trouve comme un prolongement miraculeux de ses propres intentions, une manière familière de traiter le monde; désormais, comme les parties familières de mon corps forment un système, le corps d’autrui et le mien sont un seul tout, l’envers et l’endroit d’un seul phénomène et l’existence anonyme dont mon corps est à chaque moment la trace habite désormais ces deux corps à la fois. »

[Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, 1945, Gallimard, 1987, pp. 404 et 406.]

II Puis-je connaïtre autrui? Si non, qu’est ce que comprendre autrui?

« …dans les yeux d’Albertine, dans la brusque inflammation de son teint, je sentais comme un éclair de chaleur passer furtivement dans des régions plus inaccessibles pour moi que le ciel , et où évoluaient les souvenirs, à moi inconnus, d’Albertine [...]. Alors, sous ce visage rosissant, je sentais se réserver comme un gouffre l’inexhaustible espace des soirs où je n’avais pas connu Albertine,. Je pouvais bien prendre Albertine sur mes genoux, tenir sa tête dans mes mains [...] je sentais que je touchais l’enveloppe close d’un être qui par l’intérieur accédait à l’infini »

Proust, La Prisonnière, A la recherche du temps perdu

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« Je puis vouloir une éclipse, ou simplement un beau soleil qui sèche le grain, au lieu de cette tempête grondeuse et pleureuse ; je puis, à force de vouloir, espérer et croire enfin que les choses iront comme je veux ; mais elles vont leur train. D’où je vois bien que ma prière est d’un nigaud. Mais quand il s’agit de mes frères les hommes, ou de mes sœurs les femmes, tout change. Ce que je crois finit souvent par être vrai. Si je me crois haï, je serai haï ; pour l’amour, de même. Si je crois que l’enfant que j’instruis est incapable d’apprendre, cette croyance écrite dans mes regards et dans mes discours le rendra stupide ; au contraire, ma confiance et mon attente est comme un soleil qui mûrira les fleurs et les fruits du petit bonhomme. Je prête, dites-vous, à la femme que j’aime, des vertus qu’elle n’a point ; mais si elle sait que je crois en elle, elles les aura. Plus ou moins ; mais il faut essayer ; il faut croire. Le peuple, méprisé, est bientôt méprisable ; estimez-le, il s’élèvera. La défiance a fait plus d’un voleur ; une demi-confiance est comme une injure ; mais si je savais la donner toute, qui donc me tromperait ? Il faut donner d’abord. »

ALAIN

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La grandeur de l’art véritable, au contraire de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c’était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d’épaisseur et d’imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie.
La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. Cette vie qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l’artiste. Mais ils ne la voient pas parce qu’ils ne cherchent pas à l’éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d’innombrables clichés qui restent inutiles parce que l’intelligence ne les a pas «développés». Notre vie ; et aussi la vie des autres car le style pour l’écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu’il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s’il n’y avait pas l’art, resterait le secret éternel de chacun. Par l’art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n’est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu’il peut y avoir dans la lune. Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier et autant qu’il y a d’artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l’infini, et bien des siècles après qu’est éteint le foyer dont il émanait, qu’il s’appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial.

Proust, Le Temps Retrouvé, p.289-290, édition G.F.

III Autrui n’est-il pour moi qu’un obstacle, un rival ou un moyen?

« Les hommes ne retirent pas d’agrément (mais au contraire un grand déplaisir de la vie en compagnie, là où il n’existe pas de pouvoir capable de les tenir en respect. Car chacun attend que son compagnon l’estime aussi haut qu’il s’apprécie lui-même, et à chaque signe de dédain, ou de mésestime il s’efforce naturellement, dans toute la mesure où il l’ose… d’arracher la reconnaissance d’une valeur plus haute: à ceux qui le dédaignent, en leur nuisant; aux autres, par de tels exemples.

    De la sorte, nous pouvons trouver dans la nature humaine trois causes principales de querelles: premièrement la rivalité, deuxièmement la méfiance, troisièmement la fierté.

    La première de ces choses fait prendre l’offensive aux hommes en vue de la leur profit. La seconde, en vue de leur sécurité. La troisième, en vue de leur réputation. Dans le premier cas, ils usent de violence pour se rendre maître de la personne d’autres hommes, de leurs femmes,de leurs enfants, de leurs biens. Dans le second cas, pour défendre ces choses. dans le troisième cas, pour des bagatelles, par exemple pour un mot, sourire, une opinion qui diffère de la leur, ou quelque autre signe de mésestime, que celle-ci porte directement sur eux-mêmes ou qu’elle rejaillisse sur eux. ».

HOBBES Le Léviathan,    p. 123-124. édition Sirey

« La parfaite amitié est celle des hommes bons et semblables en vertu. Chacun veut du bien à l’autre pour ce qu’il est, pour sa bonté essentielle. Ce sont les amis par excellence, eux que ne rapprochent pas des circonstances accidentelles, mais leur nature profonde. Leur amitié dure tout le temps qu’ils restent vertueux, et le propre de la vertu en général est d’être durable. Ajoutons que chacun d’eux est bon dans l’absolu et relativement à son ami, bon dans l’absolu et utile à son ami, bon dans l’absolu et agréable à son ami. Chacun a du plaisir à se voir soi-même agir, comme à contempler l’autre, puisque l’autre est identique, ou du moins semblable à soi.
Leur attachement ne peut manquer d’être durable : il réunit, en effet, toutes les conditions de l’amitié. Toute amitié a pour fin le bien ou le plaisir, envisagés soit absolument, soit relativement à la personne aimée, et supposant alors une ressemblance avec elle, une similitude de nature, une parenté essentielle. De surcroît, ce qui est bon absolument est aussi agréable. L’amitié atteint au plus haut degré d’excellence et de perfection chez les vertueux.
Mais elle est fort rare: les personnes qui en sont capables sont fort peu nombreuses. D’autant qu’elle demande du temps et des habitudes communes. »
AR ISTOTE, Éthique à Nicomaque (vers 345 av. J.-C), Livre VIII, trad. F. Stirn, Hatier, 1988, pp. 34-35

 

Mais supposé qu’il y ait quelque chose dont l’existence en soi-même ait une valeur absolue, quelque chose qui, comme fin en soi, pourrait être un principe de lois déterminées, c’est alors en cela et en cela seulement que se trouverait le principe d’un impératif catégorique possible, c’est-à-dire d’une loi pratique. Or je dis : l’homme, et en général tout être raisonnable, existe comme fin en soi, et non pas simplement comme moyen dont telle ou telle volonté puisse user à son gré ; dans toutes ses actions, aussi bien dans celles qui le concernent lui-même que dans celles qui concernent d’autres êtres raisonnables, il doit toujours être considéré en même temps comme fin. Tous les objets des inclinations n’ont qu’une valeur conditionnelle ; car si les inclinations et les besoins qui en dérivent n’existaient pas, leur objet serait sans valeur.
      Mais les inclinations mêmes, comme sources du besoin, ont si peu une valeur absolue qui leur donne le droit d’être désirées pour elles-mêmes, que, bien plutôt, en être pleinement affranchi doit être le souhait universel de tout être raisonnable. Ainsi la valeur de tous les objets à acquérir par notre action est toujours conditionnelle. Les êtres dont l’existence dépend, à vrai dire, non pas de notre volonté, mais de la nature, n’ont cependant, quand ce sont des êtres dépourvus de raison, qu’une valeur relative, celle de moyens, et voilà pourquoi on les nomme des choses ; au contraire, les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi, c’est-à-dire comme quelque chose qui ne peut pas être employé simplement comme moyen, quelque chose qui par suite limite d’autant toute faculté d’agir comme bon nous semble (et qui est un objet de respect).
      Ce ne sont donc pas là des fins simplement subjectives, dont l’existence, comme effet de notre action, a une valeur pour nous : ce sont des fins objectives, c’est-à-dire des choses dont l’existence est une fin en soi-même, et même une fin telle qu’elle ne peut être remplacée par aucune autre, au service de laquelle les fins objectives devraient se mettre, simplement comme moyens. Sans cela, en effet, on ne pourrait trouver jamais rien qui eût une valeur absolue. Mais si toute valeur était conditionnelle, et par suite contingente, il serait complètement impossible de trouver pour la raison un principe pratique suprême.
      Si donc il doit y avoir un principe pratique suprême, et au regard de la volonté humaine un impératif catégorique, il faut qu’il soit tel que, par la représentation de ce qui, étant une fin en soi, est nécessairement une fin pour tout homme, il constitue un principe objectif de la volonté, que par conséquent il puisse servir de loi pratique universelle. Voici le fondement de ce principe : la nature raisonnable existe comme fin en soi. L’homme se représente nécessairement ainsi sa propre existence ; c’est donc en ce sens un principe subjectif d’actions humaines. Mais tout autre être raisonnable se présente également ainsi son existence, en conséquence du même principe rationnel qui vaut aussi pour moi ; c’est donc en même temps un principe objectif dont doivent pouvoir être déduites, comme d’un principe pratique suprême, toutes les lois de la volonté. L’impératif sera donc celui ci : Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.

KANT
Fondements de la Métaphysique des moeurs, Deuxième section


 

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