liberté de droit, de fait, de volonté

Posté par Valériemarchand le 15 octobre 2008

PLan

1  Le texte de Leibniz

 2 La fiche récapitulative

3 sur la question du libre-abitre : Les différents degrés de liberté chez Descartes:

 

1 le texte de Leibniz 

« Le terme de liberté est fort ambigu. Il y a liberté de droit et de fait. Suivant celle de droit, un esclave n’est point libre, un sujet * n’est pas entièrement libre, mais un pauvre est aussi libre qu’un riche.
     La liberté de fait consiste ou dans la puissance de faire ce que l’on veut ou dans la puissance de vouloir comme il faut. [...] La liberté de faire [...] a ses degrés et variétés. Généralement, celui qui a plus de moyens est plus libre de faire ce qu’il veut. Mais on entend la liberté particulièrement de l’usage des choses qui ont coutume d’être en notre pouvoir, et surtout de l’usage libre de notre corps. Ainsi la prison et les maladies qui nous empêchent de donner à notre corps et à nos membres le mouvement que nous voulons, et que nous pouvons leur donner ordinairement dérogent à notre liberté : c’est ainsi qu’un prisonnier n’est point libre, et qu’un paralytique n’a point l’usage libre de ses membres.
     La liberté de vouloir est encore pris en deux sens différents. L’un est quand on l’oppose à l’imperfection ou à l’esclavage d’esprit, qui est une coaction * ou contrainte, mais interne, comme celle qui vient des passions * . L’autre sens a lieu quand on oppose la liberté à la nécessité. Dans le premier sens, les stoïciens disaient que le sage seul est libre ; et, en effet, on n’a point l’esprit libre quand il est occupé d’une grande passion, car on ne peut point vouloir comme il faut, c’est-à-dire avec la délibération * qui est requise. C’est ainsi que Dieu seul est parfaitement libre, et que les esprits créés ne le sont qu’à mesure qu’il sont au-dessus des passions. Et cette liberté regarde proprement notre entendement * .
     Mais la liberté de l’esprit opposée à la nécessité regarde la volonté nue et en tant qu’elle est distinguée de l’entendement. C’est ce qu’on appelle le franc-arbitre * et consiste en ce que l’on veut que les plus fortes raisons ou impressions que l’entendement présente à la volonté n’empêchent point l’acte de la volonté d’être contingent * et ne lui donnent point une nécessité absolue et pour ainsi dire métaphysique. Et c’est dans ce sens que j’ai coutume de dire que l’entendement peut déterminer la volonté suivant la prévalence * des perceptions et raisons * d’une manière qui, lors même qu’elle est certaine et infaillible, incline sans nécessiter. »

LEIBNIZ
Nouveaux Essais sur l’entendement humain, Livre II, chap. XXI,
Garnier Flammarion, p. 148

2 la fiche récapitulative

La liberté de droit est une liberté formelle : c’est l’autorisation juridique de faire certains actes, elle ne se préoccupe pas des conditions réelles de son exercice. Sont privés de cette liberté ceux qui n’ont pas de droits (l’esclave par exemple). De plus,  dire que « tous les hommes naissent libres et égaux en droits », c’est dire qu’un pauvre est aussi libre qu’un riche.

La liberté de fait ou liberté d’action consiste dans la « puissance de faire ce que l’on veut » : ici, on se préoccupe des moyens de réaliser sa volonté: si du point de vue de la liberté de droit,un pauvre est aussi libre qu’un riche, un pauvre n’est, de fait pas aussi libre qu’un riche ; de même le paralytique n’a pas l’usage libre de ses jambes et le prisonnier au fond de son cachot ne dispose d’aucune liberté d’action. Du point de vue de la liberté de fait, on peut être plus ou moins ibre.

La liberté de la volonté : il s’agit de ne pas se demander seulement si nous sommes libres de faire ce que nous voulons faire, mais de nous interroger, en amont,  sur la liberté même de notre volonté : lorsque nous disons vouloir faire ceci ou cela, notre volonté est-elle libre, ou sommes-nous déterminés à vouloir ce que nous voulons? Voulons-nous librement ce que nous voulons?

_ La liberté de vouloir peut se définir comme indépendance par rapport aux mobiles sensibles qui peuvent déterminer , à notre insu, notre volonté : ainsi, le passionné n’est pas libre, car il peut être l’esclave de sa passion qui l’empêche de vouloir librement. Celui qui joue au casino est-il réellement libre , lorsqu’il s’y rend ? Celui qui parvient, tel le sage stoïcien à ne pas être l’esclave de ses passions et désirs peut alors jouir d’une liberté tout intérieure, et cela même au fond d’un cachot, sans disposer d’aucune liberté d’action.

_ La liberté de vouloir peut aussi se définir comme indépendance par rapport aux motifs rationnels : C’est le libre arbitre qui se définit comme pouvoir de faire un autre choix que celui que j’ai toutes les raison de choisir . Voir Descartes et l’hypothèse du Malin génie : pouvoir de rejeter même l’évidence. C’est aussi la liberté de choisir contre toutes raisons, le mal au lieu du bien….

En outre, celui qui choisit ce que son entendement lui présente comme le bon choix peut être dit libre, dans la mesure ou un autre choix eut été possible: l’acte de volonté reste « contingent » et non point nécessaire.

                                 Les différents degrés de liberté: les textes de Descartes

(j’ai mis « en gras » les passages sur lesquels j’attire tout particulièrement votre attention)

La lettre au Père Mesland du  9 février 1645

« L’indifférence me semble signifier proprement l’état dans lequel se trouve la volonté lorsqu’elle n’est pas poussée d’un côté plutôt que de l’autre par la perception du vrai ou du bien ; et c’est en ce sens que je l’ai prise lorsque j’ai écrit que le plus bas degré de la liberté est celui où nous nous déterminons aux choses pour lesquelles nous sommes indifférents. Mais peut-être d’autres entendent-ils par indifférence la faculté positive de se déterminer pour l’un ou l’autre de deux contraires. […] Cette faculté positive, je n’ai pas nié qu’elle fût dans la volonté. Bien plus, j’estime qu’elle s’y trouve, non seulement dans ces actes où elle n’est poussée par aucune raison évidente d’un côté plutôt que de l’autre, mais aussi dans tous les autres ; à tel point que, lorsqu’une raison très évidente nous porte d’un côté, bien que, moralement parlant, nous ne puissions guère choisir le parti contraire, absolument parlant, néanmoins, nous le pouvons. Car il nous est toujours possible de retenir de poursuivre un bien clairement connu ou d’admettre une vérité évidente, pourvu que nous pensions que c’est un bien d’affirmer par là notre libre arbitre.
[…] Une plus grande liberté consiste […] ou bien dans une plus grande facilité de se déterminer, ou bien dans un plus grand usage de cette puissance positive que nous avons de suivre le pire, tout en voyant le meilleur. Si nous suivons le parti où nous voyons le plus de bien, nous nous déterminons plus facilement ; mais si nous suivons le parti contraire, nous usons davantage de cette puissance positive. Et ainsi, nous pouvons toujours agir plus librement dans les choses où nous voyons plus de bien que de mal, que dans les choses appelées […] indifférentes. […]
Considérée maintenant dans les actions de la volonté, pendant qu’elles s’accomplissent, la liberté n’implique aucune indifférence […] ; parce que ce qui est fait ne peut pas demeurer non fait, étant donné qu’on le fait. Mais la liberté consiste dans la seule facilité d’exécution, et alors, libre, spontané et volontaire ne sont qu’une même chose. C’est en ce sens que j’ai écrit que j’étais porté d’autant plus librement vers quelque chose que j’étais poussé par plus de raisons, car il est certain que notre volonté se meut alors avec plus de facilité et d’élan. »

Descartes, Lettre au Père Mesland, 9 février 1645

Le texte de la quatrième méditation

« Il n’y a que la seule volonté, que j’expérimente en moi être si grande, que je ne conçois point l’idée d’aucune autre plus ample et plus étendue : en sorte que c’est elle principalement qui me fait connaître que je porte l’image et la ressemblance de Dieu. Car, encore qu’elle soit incomparablement plus grande dans Dieu, que dans moi, soit à raison de la connaissance et de la puissance, qui s’y trouvant jointes la rendent plus ferme et plus efficace, soit à raison de l’objet, d’autant qu’elle se porte et s’étend infiniment à plus de choses ; elle ne me semble pas toutefois plus grande, si je la considère formellement et précisément en elle-même. Car elle consiste seulement en ce que nous pouvons faire une chose, ou ne la faire pas (c’est-à-dire affirmer ou nier, poursuivre ou fuir), ou plutôt seulement en ce que, pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que l’entendement nous propose, nous agissons en telle sorte que nous ne sentons point qu’aucune force extérieure nous y contraigne. Car, afin que je sois libre, il n’est pas nécessaire que je sois indifférent à choisir l’un ou l’autre des deux contraires ; mais plutôt, d’autant plus que je penche vers l’un, soit que je connaisse évidemment que le bien et le vrai s’y rencontrent, soit que Dieu dispose ainsi l’intérieur de ma pensée, d’ autant plus librement j’en fais choix et je l’embrasse. Et certes la grâce divine et la connaissance naturelle, bien loin de diminuer ma liberté, l’augmentent plutôt, et la fortifient. De façon que cette indifférence que je sens, lorsque je ne suis point emporté vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d’aucune raison, est le plus bas degré de la liberté, et fait plutôt paraître un défaut dans la connaissance, qu’une perfection dans la volonté, car si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai et ce qui est bon, je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement et quel choix je devrais faire ; et ainsi je serais entièrement libre, sans jamais être indifférent. « 

Descartes, quatrième meditation métaphysique

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