erreur et illusion: pourquoi est-il plus difficile de renoncer à une illusion que de rectifier une erreur?

Posté par Valériemarchand le 8 octobre 2008

 notions concernées (désir, vérité..)

voir dans la catégorie cahier de textes le plan du cours sur cette question

Une illusion n’est pas la même chose qu’une erreur, une illusion n’est pas non plus nécessairement une erreur. L’opinion d’Aristote, d’après laquelle la vermine serait engendrée par l’ordure * – opinion qui est encore celle du peuple ignorant -, était une erreur; de même l’opinion qu’avait une génération antérieure de médecins, et d’après laquelle le tabès * aurait été la conséquence d’excès sexuels. Il serait impropre d’appeler ces erreurs des illusions, alors que c’était une illusion de la part de Christophe Colomb, quand il croyait avoir trouvé une nouvelle route maritime des Indes. La part de désir que comportait cette erreur est manifeste. On peut qualifier d’illusion l’assertion de certains nationalistes, assertion d’après laquelle les races indogermaniques seraient les seules races humaines susceptibles de culture, ou bien encore la croyance d’après laquelle l’enfant serait un être dénué de sexualité, croyance détruite pour la première fois par la psychanalyse. Ce qui caractérise l’illusion, c’est d’être dérivée des désirs humains ; elle se rapproche par là de l’idée délirante en psychiatrie, mais se sépare aussi de celle-ci, même si l’on ne tient pas compte de la structure compliquée de l’idée délirante.
      L’idée délirante est essentiellement – nous soulignons ce caractère – en contradiction avec la réalité ; l’illusion n’est pas nécessairement fausse, c’est-à-dire irréalisable ou en contradiction avec la réalité. Une jeune fille de condition modeste peut par exemple se créer l’illusion qu’un prince va venir la chercher pour l’épouser. Or, ceci est possible ; quelques cas de ce genre se sont réellement présentés. Que le Messie vienne et fonde un âge d’or, voilà qui est beaucoup moins vraisemblable : suivant l’attitude personnelle de celui qui est appelé à juger de cette croyance, il la classera parmi les illusions ou parmi les équivalents d’une idée délirante. Des exemples d’illusions authentiques ne sont pas, d’ordinaire, faciles à découvrir ; mais l’illusion des alchimistes de pouvoir transmuter tous les métaux en or est peut-être l’une d’elles. Le désir d’avoir beaucoup d’or, autant d’or que possible, a été trés atténué par notre intelligence actuelle des conditions de la richesse ; cependant la chimie ne tient plus pour impossible une transmutation des métaux en or. Ainsi nous appelons illusion une croyance quand, dans la motivation de celle-ci, la réalisation d’un désir est prévalente, et nous ne tenons pas compte, ce faisant, des rapports de cette croyance à la réalité, tout comme l’illusion elle-même renonce à être confirmée par le réel.

FREUD
L’Avenir d’une illusion, P.U.F. éd.

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faut-il préférer le bonheur à la vérité?

Posté par Valériemarchand le 5 octobre 2008

« Madame,
Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s’il est mieux d’être content et gai, en imaginant les biens qu’on possède être plus grands et plus estimables qu’ils ne sont, et ignorant ou ne s’arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d’avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu’on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu’on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j’approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin ou s’étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l’exercice de la vertu, ou (ce qui est le même), en la possession de tous les biens, dont l’acquisition dépend de notre libre-arbitre, et la satisfaction d’esprit qui suit de cette acquisition. C’est pourquoi, voyant que c’est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu’elle soit à notre désavantage, que l’ignorer, j’avoue qu’il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n’est-ce pas toujours lorsqu’on a le plus de gaieté, qu’on a l’esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n’y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n’approuve point qu’on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient, ne peut toucher que la superficie de l’âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s’apercevant qu’ils sont faux. »

René Descartes
Lettre à Elisabeth du 6 octobre 1645

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Platon, République, début livre VII : l’allégorie de la caverne

L’extrait se trouve dans votre manuel ou bien cliquez sur le lien suivant:

 

http://www.cvm.qc.ca/encephi/CONTENU/TEXTES/REPUB7.HTM

 

Voilà un dessin qui illustre le texte de Platon

 cav01.jpg

 

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« Il se peut que je ne vive pas une bonne vie, alors même que j’en aie le sentiment. Et il se peut qu’il en soit de même en ce qui concerne autrui, même s’il présente à mes yeux les signes extérieurs, actes et paroles, de ce que je sens et je sais être une bonne vie. Ainsi, sous l’influence de drogues, je peux me sentir en harmonie avec le monde, je peux croire que je me réalise de la manière la plus complète […] alors que je me trompe totalement sur la nature de la situation dans laquelle je me trouve. La bonne vie que dans un tel cas je me sentirais vivre ne serait alors qu’une illusion, une hallucination due à des drogues. Et en ce qui concerne autrui, il est possible que les signes apparents de bonne vie qu’il me donne n’indiquent pas nécessairement que je suis en présence d’une bonne vie. En poursuivant sur cette lancée, on est amené à distinguer une bonne vie “apparente”, manifestée par le sentiment qu’on en a ou par les signes qu’on en découvre ; et une bonne vie “véritable”. »

Jacques SCHLANGER, Sur la bonne vie – Conversations avec Épicure, Épictète et d’autres amis

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