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Un article de Françoise héritier : « M. Guéant est relativiste »

Posté par Valériemarchand le 11 février 2012

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Une Réponse à “Un article de Françoise héritier : « M. Guéant est relativiste »”

  1. EdBurke dit :

    Remarquable ? Vraiment ?

    Je suis frappé par une chose, les diverses interventions sur le sujet, qui visent à critiquer M. Guéant, se ressemblent toutes ou presque sur un point : elles avancent des propositions discutées et discutables comme des points de doctrine acquis, soustraits à la réflexion philosophique et à la réflexion tout court. La stratégie des promoteurs de la tolérance et du dialogue consiste donc, non a raisonner avec ses adversaires mais à disqualifier un ennemi par des arguments qui sont souvent d’autorité.

    En l’occurrence, il est évident que C. Guéant commet une confusion totale en employant le terme de « civilisation », et qu’il le fait sciemment pour susciter une polémique effectivement malsaine.

    Mais cela n’excuse pas les intellectuels, anthropologues et philosophes, de répondre en se plaçant au même niveau.

    L’ article de F. Héritier ne fait pas exception. Malgré la qualité de son auteur, il procède par amalgames et abus, au moment même où il les dénonce.

    Premier exemple : « Il faut donc faire la distinction entre la réalité descriptible et la façon émotionnelle avec laquelle nous appréhendons le monde extérieur, comme je l’ai dit plus haut. »
    Mais qu’est-ce que cette disjonction entre fait scientifique et valeur a à faire ici ? La politique, et les valeurs qui la portent incontestablement, sont-ils réductibles à des propositions scientifiques ? Le choix démocratique n’a-t-il pas justement vocation à faire place à des jugements de valeurs irréductibles à quelque donnée scientifique que ce soit (ce qui ne signifie pas qu’ils soient irrationnels) ? La critique apparaît alors pour ce qu’elle est : C. Guéant réagit de façon émotionnelle. Son discours est disqualifié, non par référence à la dualité fait/valeur mais par disqualification de l’autre.
    Quant à cette séparation fait/valeur, elle est contestable et contestée dans le champ de la philosophie la plus rationnelle, cf. H. Jonas, H. Putnam entre autres. Et quant au prétendu désintéressement scientifique, en particlier dans les sciences humaines, je renvoie à la discussion Popper/Adorno sur la méthode des sciences humaines pour que le lecteur ouvert se fasse une idée. On suppose que Mme Héritier a définitivement réfuté la thèse d’Adorno, mais on aimerait quand même lire les arguments… et en attendant, son propos donne à penser qu’elle balaye une controverse capitale du plat de la main pour pouvoir mieux contrer politiquement M. Guéant.

    Deuxième exemple : « Le relativisme ne consiste pas à croire que tout se vaut ni à s’abriter derrière l’argument culturaliste du respect de la différence des coutumes (comme l’ont fait systématiquement les instances internationales pour ce qui est du droit des femmes…), mais à poser en pétition de principe que toutes les cultures sont des blocs autonomes, irréductibles les uns aux autres, si radicalement différents qu’ils ne peuvent pas être comparés entre eux, d’autant qu’une hiérarchie implicite affirme que le bloc auquel on appartient est supérieur en tous points aux autres »
    A. / La première partie de la proposition est une banale manœuvre d’intimidation intellectuelle. En effet, le relativisme peut parfaitement consister à dire que tout se vaut, au nom du respect de la différence – c’est une position d’ailleurs fréquemment adoptée et revendiquée comme « relativisme ». Il se peut qu’il y en ait d’autres définitions, peut-être meilleures, mais là encore, on ne peut pas se contenter de dire « ce n’est pas cela » en mettant son autorité intellectuelle dans la balance, et sans autre raison ni référence.
    B. / La deuxième partie mêle divers procédés peu recommandables. D’abord, on reconstruit la position de l’adversaire de façon à ce qu’il fournisse une cible facile, notamment avec le jeu des adjectifs et adverbes (« autonomes…irréductibles…radicalement »), dont on ne voit pas du tout en quoi ils découleraient du discours de Guéant en quoi comparer deux cultures ou civilisations impliquerait-ils que ceux-cis sont absolument hétérogènes, absolus et irréductibles ? Réponse : en rien. En anglais, on appelle ça « strawman ». Ensuite, François Héritier énonce une position peu compréhensible comme une évidence incontestable : Guéant isolerait les cultures de manière à les rendre incomparables, au moment même où on lui reproche sur tous les tons de comparer la valeur de sphères culturelles incomparables. Ce n’est pas nécessairement incohérent, mais il faut le montrer, parce que cela semble au moins paradoxal. En l’absence de cette argumentation, cela pose un vrai problème.
    C. / Affirmer, dans un même souffle, que les cultures sont posées comme incomparables, mais que l’une d’entre elles est posées comme supérieure est pour le moins étonnant. « Supérieur » et « inférieur » sont bien des termes comparatifs non ? SI Guéant avait proféré une telle chose, que n’aurait-on entendu ?

    Quant à la réponse sur la place des femmes, elle n’est pas claire du tout. Premier pas : certes, on peut préférer une culture, à un moment donné, à une autre au même moment, mais l’exemple de Guéant est mauvais, car l’assignation de la femme à une fonction prédéfinie est universellement partagée. Puis arrive ceci : « Or il me semble que, devant cet ordre universel, qui est le modèle de tous les systèmes historiques de domination, qui commence à céder du terrain depuis un demi-siècle seulement en Occident, nous devons postuler que ce chemin difficilement parcouru sera progressivement emprunté par les autres sociétés (cultures) à leur tour. » Donc, Mme Héritier soutient que l’Occident est « en avance », peut-on dire, sur le chemin qui mène à l’égalité. Il faudrait donc qu’elle réponde à deux questions : 1. / Comment justifiera-t-elle sa proposition auprès des collègues anthropologues qui se relaient pour soutenir que la relativité des culture est un fait établi scientifiquement (par exemple, dans la tribune du Monde d’Alain Policar, qui expliquait aussi que M. Guéant est « différentialiste » (Extrait : « Ces dernières [les valeurs et croyances observées par l’anthropologue] sont transformées en « cultures », chacune d’elles étant caractérisée par une configuration semblable à nulle autre. Louis Dumont voyait ainsi dans toute société un « universel relatif », c’est-à-dire le « fruit d’un choix parmi tous les choix possibles et, à ce titre, tout aussi légitime, en termes de sens et de cohérence interne, que n’importe quelle autre société »). Dans sa tribune, A. Policar s’insurge beaucoup contre le combat contre l’« évolutionnisme » qui consisterait à placer les cultures le long d’un chemin sur lequel elles seraient plus ou moins avancées. L’ignorance et le préjugé « évolutionniste » dont A. Policar accuse C. Guéant vaut-elle aussi pour F. Héritier ?

    Poursuivons, avec la réponse à Luc Ferry. Elle est instructive lorsqu’on la décompose. Faute de place, je ne retiens que les points les plus saillants.
    Il s’agissait des Nambikwaras, et après avoir précisé à raison que L. ferry commet une erreur factuelle (pas de tambourins chez les Nambikwaras), on lui répond par les pratiques des Pygmées. Or, il se pourrait parfaitement que les pratiques artistiques des Pygmées ne soient rigoureusement d’aucune utilité pour juger de celles de Nambikwaras. Qu’es-ce qui empêche que la culture Pygmée ait développé un art vocal exceptionnel, tandis que d’autres peuples ne puissent en dire autant ? Cela ne s’appelle-t-il pas répondre à côté ? N’est-ce pas ennuyeux lorsque l’on appelle quelqu’un à la rigueur ? Il me semble que si.
    Sur le fond de la question : « Notre musique classique a ses genres et ses lois. Les autres aussi, auxquelles nous ne sommes pas accoutumés. Mais il aurait fallu comparer Mozart avec la musique de cour chinoise par exemple.  » Mais pourquoi prendre la musique de cour chinoise et non un équivalent de la musique symphonique occidentale ou de la musique de cour chinoise, mais chez les Nambikwaras ? Parce qu’il n’y en a pas, peut-être ? Peut-on poser cette question-là ? Peut-on dire, par exemple, que les cultures Occidentale et Chinoise ont donné lieu à des formes musicales plus élaborées ? En tous cas, même si la discussion du point central est soigneusement évitée, l’interlocuteur voit son propos qualifié d »illégitime et peut-être malhonnête », sur la foi de ce très faible « argument ». Enfin : « Oserions-nous comparer Mozart au pipeau des pâtres, antiques ou non, en Europe ? » Mais qu’est-ce qui l’empêche, à part le présupposé égalitariste justement mis en question dans ce débat ? Qu’est-ce qui empêche d’affirmer que le pipeau des pâtres de telle région d’Europe n’a pas la même dignité artistique qu’une symphonie de Mozart – par exemple, en évoquant leur inégale contribution à un patrimoine universel ? Or non seulement rien de tel n’est envisagé, mais la « vérité scientifique » est pesamment mobilisée pour disqualifier la position adverse.

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