un texte de Castoriadis

Posté par Valériemarchand le 20 octobre 2011

 

«Ce qui est techniquement faisable sera fait regardless, comme on dit en

anglais familier, sans égard pour aucune autre considération. De même,les transplantations d’embryons, fécondations in vitro, interventions sur les foetus, etc. ont été réalisées dès que la technique en a été maîtrisée. (…)La meilleure image est celle d’une guerre de positions (1914-1918) contre Mère Nature. On tiraille sur tout le front, mais les gros bataillons sont lancés là où une brèche semble apparaître ; on exploite les percées, sans aucune idée stratégique. Ici encore, c’est la logique qui conduit à l’illogisme. Il est parfaitement raisonnable de concentrer les efforts et les investissements là où ils semblent les plus rentables. Lorsque l’on avait demandé à Hilbert pourquoi il ne s’attaquait pas au “dernier” théorème de Fermat, il avait répondu qu’il lui faudrait pour cela trois ou quatre ans de travail préparatoire, sans être sûr de parvenir à un résultat. On l’a constaté bien souvent : tel grand physicien a pu faire avancer la science et accomplir une grande oeuvre parce qu’il s’attaquait non pas aux problèmes importants dans l’absolu mais à ceux dont il avait eu le flair de percevoir qu’ils étaient “parvenus à maturité” Comment critiquer cela? Mais comment aussi rester aveugle devant l’inattendu résultat global, lorsqu’il recouvre à peu près tout? »

C . Castoriadis, Le Monde morcelé, Carrefour du Labyrinthe  III, p 76-77, 1990.

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