faut-il préférer le bonheur à la vérité?

Posté par Valériemarchand le 5 octobre 2008

« Madame,
Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s’il est mieux d’être content et gai, en imaginant les biens qu’on possède être plus grands et plus estimables qu’ils ne sont, et ignorant ou ne s’arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d’avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu’on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu’on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j’approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin ou s’étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l’exercice de la vertu, ou (ce qui est le même), en la possession de tous les biens, dont l’acquisition dépend de notre libre-arbitre, et la satisfaction d’esprit qui suit de cette acquisition. C’est pourquoi, voyant que c’est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu’elle soit à notre désavantage, que l’ignorer, j’avoue qu’il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n’est-ce pas toujours lorsqu’on a le plus de gaieté, qu’on a l’esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n’y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n’approuve point qu’on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient, ne peut toucher que la superficie de l’âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s’apercevant qu’ils sont faux. »

René Descartes
Lettre à Elisabeth du 6 octobre 1645

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Platon, République, début livre VII : l’allégorie de la caverne

L’extrait se trouve dans votre manuel ou bien cliquez sur le lien suivant:

 

http://www.cvm.qc.ca/encephi/CONTENU/TEXTES/REPUB7.HTM

 

Voilà un dessin qui illustre le texte de Platon

 cav01.jpg

 

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« Il se peut que je ne vive pas une bonne vie, alors même que j’en aie le sentiment. Et il se peut qu’il en soit de même en ce qui concerne autrui, même s’il présente à mes yeux les signes extérieurs, actes et paroles, de ce que je sens et je sais être une bonne vie. Ainsi, sous l’influence de drogues, je peux me sentir en harmonie avec le monde, je peux croire que je me réalise de la manière la plus complète […] alors que je me trompe totalement sur la nature de la situation dans laquelle je me trouve. La bonne vie que dans un tel cas je me sentirais vivre ne serait alors qu’une illusion, une hallucination due à des drogues. Et en ce qui concerne autrui, il est possible que les signes apparents de bonne vie qu’il me donne n’indiquent pas nécessairement que je suis en présence d’une bonne vie. En poursuivant sur cette lancée, on est amené à distinguer une bonne vie “apparente”, manifestée par le sentiment qu’on en a ou par les signes qu’on en découvre ; et une bonne vie “véritable”. »

Jacques SCHLANGER, Sur la bonne vie – Conversations avec Épicure, Épictète et d’autres amis

 

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